Du Jour au Lendemain …

Samedi 20 juillet 2013

« … Pff j’ai le cœur en lambeaux. Avec tout ce qui m’arrive en ce moment, je crois que je suis une fille bien malchanceuse. C’est dommage. Je me demande même si j’ai droit au bonheur … Enfin, je ne cesserai jamais d’avoir la foi, car peut être mon étoile brillera un jour … Pour l’instant, je suis dans le noir complet et plus j’avance, plus je me cogne aux objets qui sont sur mon passage. »

Lundi 29 juillet 2013

« Je n’aime pas ma vie. Voilà, je l’ai dit. Je n’aime pas ma vie et chaque jour, je pleure pour elle, à cause d’elle. J’ai l’impression d’être tellement malchanceuse. Tout ce que je touche ne réussit pas. Je prie, je crie, mais rien. J’ai la foi, certes, mais souvent j’avoue que j’en ai marre. Je veux juste que Dieu me donne un signe … c’est comme si je n’avais pas le droit d’être heureuse. C’est surement cela. Je me sens tellement seule. Je n’ai pas d’amis. (…) Eh Dieu ! Comment je vais faire ? Je n’ai même plus la force de pleurer, de déprimer, tellement je suis fatiguée de tout cela … »

Lundi 26 aout 2013

« Dimanche 11 aout 2013 : une date inoubliable, un jour merveilleux, car c’est ce jour-là que j’ai rencontré JÉSUS. Pour de vrai. (…) Désormais je Lui appartiens totalement, et je sens le changement depuis : la dépression a disparu ! J’ai beaucoup de courage et une joie inexplicable ! Des situations décantées, des rencontres avec des personnes merveilleuses … Chaque jour je m’approche de Lui, je Lui parle, Il me répond, et c’est merveilleux. »

Ces lignes ne sont pas issues d’un livre. Ou du moins si, du livre de ma vie. Ces mots sont issus du journal intime que je tenais l’année dernière, et sur lequel je suis tombée par hasard. J’ai dû faire un effort surhumain pour réussir à publier cela, car mine de rien, il s’agit de ma vie privée, et cela me rappelle malgré moi cette époque où tout allait mal. Mais, le Saint Esprit m’a convaincue de partager ce témoignage avec vous, car quelque part, il pourra aider quelqu’un.

Du jour au lendemain, Il a changé ma vie.

Beaucoup de personnes ont lu mon témoignage de conversion sur mon blog, mais peu l’ont vraiment compris. Et encore moins de personnes comprennent l’engouement avec lequel je sers mon Seigneur. Je ne suis pas une fille qui a rencontré le Seigneur dans un lit doré, ou dans un jardin rose. Je veux dire, ce n’est pas une coutume de chrétienté qui m’a emmenée à Lui.

Si aujourd’hui je peux crier haut et fort « Jésus est celui qui guérit les cœurs brisés », c’est parce que je l’ai expérimenté. Rien que d’y penser, j’ai les larmes aux yeux … Il a tellement fait pour moi ! Cette solitude et cette détresse dans laquelle j’étais m’avait fait perdre goût en la vie. Je me sentais mal dans ma peau, et j’en avais marre de la vie. Oui, comme vous vous en doutez surement, j’ai parfois voulu me suicider. Je n’avais plus d’espoir, je n’avais vraiment plus d’espoir en moi, en la vie. Mais c’est à ce moment que mon Père Céleste est arrivé.

Frère, sœur, ce n’est pas une fable. C’est moi, Paule Esther, qui ai vécu toutes ces choses. Aujourd’hui, en regardant en arrière (non pour m’apitoyer sur mon sort car les choses anciennes sont passées au nom de Jésus !), je me dis que s’Il n’avait pas été là, je serai bien loin aujourd’hui … Ce nouveau départ qu’Il m’a accordé et cet Amour dont Il m’a revêtue resteront à jamais les meilleures choses qui me soient arrivées de toute ma vie. Le pouvoir de Jésus est réel. Bien souvent nous chantons « Même dans le tombeau, Jésus est Seigneur », sans en réaliser véritablement le sens. Même dans le tombeau partiellement enterré dans lequel j’étais, IL A ÉTÉ SEIGNEUR ! Oui, voilà pourquoi je ne cesserai jamais de parler de Lui, de ce qu’Il fait, et d’inciter les autres à lui donner leur vie.

« L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, et Il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement. » Psaumes 34 verset 18

« L’Éternel […] guérit ceux qui ont le cœur brisé, Et il panse leurs blessures. » Psaumes 147 verset 3

La Parole de Dieu est réelle … et utile pour changer des vies. Et même si tu as du mal à croire ce qui est écrit, regarde-moi, et tu verras que je suis la preuve vivante de la véritable consolation qu’il y a auprès de Christ. Non que j’ai une vie parfaite, rose, mais même quand ma barque est pleine d’eau, je dors. Je suis en paix, parce qu’Il j’ai le Prince de la paix en moi. J’ai Jésus avec moi. Et tout ce qui se rattache à Son admirable personne.

Si tu es passé ou tu passes par des moments difficiles, sombres, des chemins sans issues, rappelle-toi que Dieu guérit ceux qui ont le cœur brisé. Assieds-toi, et parle-lui sincèrement. Expose-lui ton cœur. C’est comme chez le médecin : celui-ci ne peut pas te donner de traitement si tu ne lui dis pas tes symptômes. Alors, parle à Dieu, Il est ton Père et te comprends mieux que quiconque. Dis-lui que tu en as marre de cette vie de dépression et de tristesse, et que tu as besoin de son Amour et de sa consolation. Et Il est fidèle à ses promesses : s’Il dit qu’Il pansera tes blessures, c’est qu’Il le fera. Il n’est pas un homme pour mentir !

J’espère que ces quelques paroles te feront du bien, et t’aideront à prendre un nouveau départ dans ta vie. Je prie sincèrement pour que tu aies une vie pleine d’amour, de paix, de joie, de sagesse, et je sais que Dieu fera des merveilles dans ta vie ! Amen !

Une amie.

Toujours là

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Tout au long de mes vingt années d’existence, j’ai rencontré des personnes exceptionnelles qui ont su, d’une façon ou d’une autre, me montrer leur amour, leur respect, leur considération vis-à-vis de moi. Je dirai aussi que j’ai des amis formidables. Des amis avec qui je peux rire pendant des heures, qui me font à manger, qui me font des câlins quand je vais mal, des amis qui m’appellent des quatre coins du monde pour me témoigner leur attachement. Et pourtant, quelle que soit la bonne foi de ces derniers, il y a eu, il y a et il y aura toujours des failles dans nos relations. Combien de cas d’hypocrisie, de mensonges, de trahisons ai-je dénombré ? Combien de fois ai-je vu des « amis » partir dès l’instant où l’orage de profilait l’horizon ? Combien de fois ai-je vu des personnes jouer avec mon cœur ô combien fragile sans état d’âme ? Ces mêmes amis qui, un jour faisaient ma joie, sont devenus le sujet de ma peine. Et les choses se sont toujours terminées de la même façon ; un beau jour, plus rien, plus aucun contact. On tourne la page, on s’oublie, et la vie continue. C’est dans ces moments-là que je me demande pourquoi s’attacher à quelqu’un si tôt ou tard elle partira ? Quelle est la valeur de l’amitié si on ne peut compter sur elle de façon permanente, durable ? Et surtout, existe-t-il seulement un ami fidèle, qui sera toujours là, quelle que soit la durée de la vie ?

Oui, il existe un Ami qui est toujours là, depuis le sein de notre mère et qui continue d’être là pour l’éternité.

Pour l’avoir connu, vécu, expérimenté, je peux dire que cet Ami est fidèle. La première fois qu’il m’a parlé, je croyais que ce serait comme avec les autres, c’est-à-dire un ami présent dans les beaux jours, mais invisible quand tout s’écroule. J’ai voulu le tester, voir jusqu’où il irait pour moi. Et pourtant, jour après jour, mon « Ami » était toujours là. Je me disais tout en moi : « Il est là car tout va bien, mais quand les problèmes seront viendront, restera-t-il toujours à mes côtés ? », et comme s’il lisait dans mes pensées, Il m’a dit : « Oui, je serai avec toi, jusqu’à la fin du monde ». Prétentieux de dire cela, vous ne trouvez pas ? Pourtant, il avait raison … Quand les épreuves m’accablaient, et que, le cœur meurtri, je criais au secours, il n’y avait personne pour me répondre et venir me secourir. Perdue dans le vaste fossé que constituait ma vie, je n’entendais que l’écho de ma propre voix tremblante de peur et suppliante qui demandait de l’aide. Encore une fois, mes « amis » étaient partis. Oui partis, mais pas tous, car, Lui il était là. Il était le seul à répondre à mes cris. Il était le seul à me lancer une perche et avec Lui, pas à pas, j’ai réussi à sortir de mes tourments. Et c’est là que j’ai réalisé qu’il n’était vraiment pas comme les autres, et que je pourrai compter sur Lui à tout moment.

Aujourd’hui, cet Ami, j’ai appris à le connaitre d’avantage. J’ai appris à lui offrir la plus belle place dans mon cœur. Je suis consciente que je ne mérite rien venant de Lui, car croyez-moi, je ne suis pas toujours gentille avec lui. Je suis consciente qu’il a le droit de partir, et de me laisser me débrouiller toute seule. Mais je suis aussi consciente qu’il voit les choses d’une façon différente car un jour il m’a dit : « Mon amour pour toi est éternel et inconditionnel ». Quel bel ami ai-je là, sans oublier que pour moi Il est même allé jusqu’à donner Sa vie

Mon précieux ami, c’est Jésus-Christ. Il est accessible à tous. Pas besoin de rendez-vous. Pas besoin d’intermédiaire. Il faut juste avoir le cœur sincère et rechercher Sa face. Avec Lui, l’amour est vrai, véritable. Il protège, éduque, aide, et apporte une joie que rien ne peut remplacer. Il est capable de nous donner au-delà de ce que les hommes peuvent nous donner et surtout, dans les moments difficiles, Il ne nous tourne pas le dos : Il est là, toujours prêt à nous venir en aide. Le temps me manquerait pour parler de cette relation privilégiée que j’ai avec Lui. Mais toi, ne veux-tu pas vivre une aussi belle amitié ? N’attends pas, car déjà, Il te tend Sa main et veut te relever et t’éloigner de tout ce qui t’attriste. Soyez tous bénis.

« Alors quiconque fera appel au Seigneur Jésus sera sauvé. »

(Actes 2 : 21)

Chambre 123

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Une petite nuisette, et des portes jarretelles, tous de couleur rouge, étaient cachés sous ma chemise de nuit. J’avais à mes pieds une paire d’escarpins noirs de quinze centimètres de chez Christian Louboutin. Côté maquillage par contre, j’avais opté pour quelque chose de plus délicat … Une petite couche de mascara et un rouge à lèvres couleur sang avaient fait l’affaire. Et, pour couronner le tout, j’avais mis mon parfum préféré, One Million de Paco Rabanne, sachant que cela aurait beaucoup d’effet sur lui. Un dernier coup d’œil dans la glace et je me sentais prête, prête pour cette magnifique nuit d’amour et de passion qui nous attendait.

Je jetai un regard circulaire à la chambre 123, cette chambre où nous nous rencontrons depuis déjà trois ans, au dixième étage d’un hôtel de luxe. Tout était parfait. Tout autour du lit et du jacuzzi situé sur le balcon, j’avais disposé et allumé de belles petites bougies parfumées à la cannelle. Elles scintillaient de mille feux et donnaient un ton plus sexy à la pièce. À cette lumière tamisée s’ajoutait la blancheur éclatante des draps en soie, que j’avais moi-même ramenés et que j’avais recouvert de pétales de roses. De même, les légers voiles qui agrémentaient ce merveilleux lit à baldaquin étaient eux aussi d’un blanc immaculé, et je ne pus m’empêcher de glousser de plaisir rien qu’en pensant à tous les petits jeux qu’ils abriteraient dans seulement quelques minutes. Sur une petite table était posés un seau à champagne, le plus cher du moment, ainsi que deux flutes. D’un mouvement léger, je me dirigeais vers la salle de bain que j’avais également décorée avec des bougies. C’est donc avec un sourire satisfait que je retournai dans la chambre, et me posai délicatement sur le lit, de manière assez aguichante, de sorte que je sois la première chose qu’il voit en entrant dans cette chambre. Je jetai un coup d’œil à ma montre. Elle indiquait vingt heures et cinquante minutes. Dans peu de temps, il serait là, et ferait de moi la femme la plus heureuse de la terre, si je ne l’étais pas déjà.

Mon homme. Ma moitié. Mon passé, mon présent, mon futur. Mon Laulau comme j’aimais l’appeler. Rien que d’évoquer son nom, je ne pus réprimer un petit sourire de bonheur et de plaisir. Avec lui, j’avais connu l’amour parfait, pur, sans tâche. Il n’était certain pas parfait, et Dieu seul sait combien de défauts il a. Mais par sa gentillesse et son charme, il m’avait attirée, et j’étais restée prisonnière de lui. Il m’avait aimée, et m’avait aidée à l’aimer en retour. Et sa patience envers moi eut du fruit car trois mois après notre rencontre, nous filions déjà le parfait amour. Je venais de rencontrer l’homme de ma vie, et pour moi il n’y avait rien qui comptait plus que ma relation avec lui.

Combien de personnes s’étaient opposées à cette union ? Dix, vingt, trente ? Disons tout mon entourage, car les gens trouvaient complètement insensé qu’une fille comme moi soit avec un homme comme lui. Ah, ces aigris ! Ils avaient essayé par tous les moyens de nous séparer. Que ce soit ma famille ou mes amis, ils n’avaient pas lésiné sur les moyens pour me faire « comprendre » une bonne fois pour toutes que l’issue de cette relation n’était pas bonne et que je m’en sortirais forcément perdante. Mais il va de soi que je n’en avais cure ; mon Laulau m’avait rassurée que jamais il ne me quitterait et que bientôt, nous serions unis devant Dieu et devant les hommes, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Oui, mon rêve allait enfin devenir réalité : celui d’épouser un homme que j’aimais et qui m’aimait en retour. J’étais prête à tout braver pour sauver notre amour, même si souvent Laulau paraissait réticent face à ma trop grande détermination. Il ne cessait de se demander si mes parents seraient d’accord car il voyait bien les regards méprisants que maman lui lançait à chaque fois qu’il venait à la maison. Malgré les cadeaux qu’il lui faisait, elle ne décolérait pas et était même allée jusqu’à l’insulter et lui faire un scandale un jour. J’avoue avoir été très triste par ce comportement mais cela n’enleva pas ne serait-ce qu’un iota au profond amour que je ressentais pour mon bien-aimé.

« Espèce de pédophile ! Vous n’avez pas honte de profiter d’une gamine comme elle ? Je porterai plainte pour détournement de mineure, vous allez voir ! » C’était cette horrible phrase que maman lui avait jeté en plein visage. En fait, c’était là que résidait le problème. L’hostilité que tous manifestaient vis-à-vis de ma relation avec Laulau puisait sa source dans la différence d’âge qu’il y avait entre lui et moi. Alors que je me lançais dans ma dix-neuvième année, mon homme venait de fêter ses quarante-cinq ans. D’un premier abord, cela peut paraitre complètement fou, mais moi, je ne voyais pas cela de cet œil. Comment expliquer à mes proches que j’aimais vraiment cet homme plus que tout au monde et qu’il représentait tout ce que je recherchais ? Il était beau avec ses cheveux poivre et sel, travailleur et bien sûr très mature. Il ne me traitait pas comme une gamine, mais plutôt comme une femme. Oui, dans ses bras, toute la féminité que le Bon Dieu avait mise en moi refaisait surface, et je me sentais parfaitement heureuse. Pour maman, je devais plutôt me chercher un jeune homme de ma génération et non une « vieille peau » comme mon Laulau. Pourtant, je ne me voyais pas construire quelque chose de solide avec ces petits garçons écervelés qui n’ont pour principale activité que de courir désespérément après le « Swagg ». Ce que je voulais, c’était un homme, un vrai, et je remerciais chaque jour Dieu d’avoir mis Laulau sur mon chemin.

Je regardai ma montre. Vingt-et-une heures précises. Il ne devrait plus tarder. Aujourd’hui était un jour spécial pour nous deux ; il devait m’annoncer ce que j’attendais depuis ces trois longues années à ses côtés. Cette nouvelle qui allait enfin fermer le clapet de tous ceux qui ne croyaient pas en l’amour sincère qu’il me portait. Il allait enfin m’annoncer qu’il allait quitter sa femme pour moi … Hier, lors de notre conversation téléphonique, il m’avait dit qu’il était fatigué de cette vieille sorcière qui lui servait de femme et qu’il voulait vivre le restant de ses jours avec moi. Comme j’ai été heureuse de l’entendre dire cela ! Je me voyais déjà entrer dans une église vêtue d’une robe blanche pour lui dire « oui ». Nous nous étions donc donné rendez-vous ici, dans notre chambre habituelle, la 123, afin de célébrer cela. J’allais lui offrir la plus belle nuit de toute sa vie, une nuit qui marquerait un nouveau tournant pour nous.

Deux coups frappés à la porte me tirèrent de ma rêverie. Oui, c’était lui, il était enfin là ! Après avoir ajusté rapidement ma tenue, ouvris la porte, prête à me jeter dans ses bras. Mais grande fut ma surprise de voir, en lieu et place de mon Laulau, une femme d’âge mûr, vêtu avec classe. Son visage semblait calme, mais dans ses yeux je pouvais voir des éclairs. Elle me regarda longuement puis ajouta :

« C’est donc pour toi, qu’il a voulu me quitter ? Laurent a vraiment beaucoup de goût. Malheureusement, je ne suis pas du genre à partager ce qui m’appartient. Trois ans que tu voles ce qui est à moi, trois ans que tu détruis ce que j’ai mis autant de temps à construire. Trois ans que vous me rendez malheureuse. Hélas, chaque chose a une fin. Dis à Laurent que je suis désolée. Pour lui, pour toi, pour vous. »

Et le coup parti. Une balle, une chute, une mare de sang. J’eus juste le temps de penser aux avertissements de maman, et à mon cher Laulau. Tout était fini. La chambre 123 ne sera désormais qu’un lointain … et effroyable souvenir.

Médecins-tueurs ?

« Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (..) » – Extrait du serment d’Hippocrate.

Ces phrases, prononcées par chaque nouveau médecin, ont perdu leur sens dans notre société, dans notre pays, la Côte d’Ivoire. Comment ces personnes qui se sont engagées à intervenir pour « protéger si elles [les personnes] sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité » sans rien demander en retour si ce n’est une rémunération normale de tout fonctionnaire, sont aujourd’hui arriver à exiger un paiement de toute personne qui viendrait aux urgences, dans un état critique ou non afin que l’on lui dispense les premiers soins ? Ceci n’est pas une blague, mais bien la triste réalité de Fadiga Awa, une jeune fille morte à la suite de la trop grande cupidité de nos médecins (tueurs).

La jeune femme, qui a été agressée dans un taxi et projetée hors du véhicule en marche, est arrivée inconsciente au Centre Hospitalier Universitaire de Cocody (CHU) afin d’être soignée le plus vite possible. Mais, n’ayant avec elle aucun parent, et pas de quoi « payer sa santé », les médecins ont tout bonnement refusé de lui venir en aide. Ils la laissèrent donc là, gisant au sol, agonisant, de 22 heures à 13 heures le lendemain. Il va de soi que la jeune fille mourut à la suite de ses blessures.

Comment avoir une conscience après un tel acte ? Ceux-là qui sont censés nous venir en aide sont en fait les premiers à creuser nos tombes. Comment peut-on demander à une personne inconsciente et dans un état critique de payer sinon elle ne recevra pas les premiers soins ? Comment peut-on être aussi cupides, et sans cœur à ce point ? Et d’ailleurs, où ira l’argent qu’elle devait payer ? Dans les poches de ces hommes directement, puisque ceux-ci perçoivent déjà une rémunération mensuelle, car travaillant dans un établissement public. La santé est devenue maintenant un business, et c’est bien dommage !

Comment sont censés réagir les parents de la défunte ? Doivent-ils porter plainte, ou tout simplement vivre leur deuil sans demander leur reste ? Car disons-le, dans un pays sans loi comme le nôtre (oui !), il est carrément impossible qu’une plainte contre un « médecin d’État » aboutisse.

De même, que font les autorités contre ce genre de pratiques ? A quoi servent les impôts que les contribuables s’évertuent à payer si on ne peut même pas leur permettre d’avoir des premiers soins en cas de danger imminent , sinon à financer les concours de beauté où les jeunes ivoiriennes rivalisent d’idiotie ? Pourquoi personne ne réagit contre ces choses qui se passent dans nos hôpitaux ? Pourquoi tout tourne comme si « Tout allait bien » ? On veut imiter les Blancs dans tout ce qu’ils font. Pourquoi n’imitons nous pas alors les bonnes choses qu’ils effectuent, comme par exemple octroyer des fonds d’aide pour les malades ou accepter de les soigner gratuitement en cas d’urgences ?

Franchement, je crois que notre pays court à la dérive. Il faut que les choses changent. Il faut que les choses changent car ce qui est arrivé à la jeune Fadiga Awa peut arriver à ton père, ta mère, ton frère, ta sœur, ton époux, ton épouse et même à toi.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire afin que ce genre de chose ne se reproduise pas.

Vous trouverez une vidéo explicative sur les circonstances de la mort de la jeune femme sur Facebook.

Awa Fadiga – Repose en paix .

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La guerre est finie .

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Un soleil de plomb brillait sur Abidjan. Ses rayons chauds, voire brûlants réchauffaient l’ensemble des habitants de cette magnifique ville qui, à défaut de rester chez eux pour y échapper, se protégeaient avec des lunettes teintées ou des parapluies. Les vendeuses ambulantes, dégoulinantes de sueur, se pressaient les unes contre les autres dès qu’un client se profilait à l’horizon, manquant souvent de se faire renverser par les automobilistes pas toujours cordiaux. D’ailleurs, les gaz d’échappement des véhicules de ces derniers ajoutaient leur touche à tout ce spectacle, remplissant l’air de leur odeur âcre. Il était dix-sept heures, et comme à l’accoutumée, les routes étaient assiégées par les nombreux travailleurs qui revenaient du centre des affaires, le Plateau, avec pour seul espoir de rentrer le plus rapidement possible chez eux.

Loin de ce brouhaha et de cette chaleur insupportable, et un bâton à la main, Moya essayait tant bien que mal de ramener son fils à l’ordre. Le gamin, haut d’à peine trois pommes, gesticulait dans tous les sens, sautant d’un fauteuil à l’autre et ne s’arrêtant que pour lancer un regard espiègle à sa mère, ce qui avait le don de l’énerver d’avantage. D’un ton menaçant, elle brandit l’objet de correction en direction du jeune garçon et déclara : « Rahim, si je te vois encore bondir comme un guépard dans ce salon, je t’assure que tu en auras pour ton compte avant le coucher du soleil ! ».

Comprenant bien que cette fois sa mère ne plaisantait pas, Rahim s’assit tranquillement à même le sol, les yeux tristes, les lèvres boudeuses. Moya parut soulagée ; un peu de calme et de repos ne serait pas de refus. Elle s’affaissa de tout son poids dans le canapé, et respira un bon coup. Jamais elle n’aurait imaginé que le rôle de mère serait aussi difficile, surtout quand il s’agissait d’éduquer un garçon aussi turbulent que le sien. Elle le regarda. Avec ses yeux marron, son nez aquilin, son teint foncé et ses sourcils touffus, il ressemblait trait pour trait à son père, et n’avait acquis d’elle que la finesse des lèvres. Moya sourit en pensant à son mari, auteur de son bonheur. Il y a cinq ans, elle était à mille lieux de s’imaginer qu’elle vivrait un pareil bonheur, et surtout qu’elle croirait encore à l’amour. Pourtant aujourd’hui, le destin l’avait défié, et quoique souvent amère, elle remerciait le ciel d’avoir mis cet homme sur son chemin. Inconsciemment, elle replongea dans l’océan de ses souvenirs qui l’a transportèrent jusqu’à cette époque qui fut la plus noire de toute son existence.

****

Des coups de canon, de fusil et d’autres armes lourdes se faisaient entendre dans toutes les ruelles de la ville, devenue l’ombre d’elle-même. Personne n’osait s’aventurer dehors. Chacun se terrait chez lui, la peur au ventre, avec la seule volonté d’échapper à une mort imminente. Dehors, les balles sifflaient dans le ciel noir, noir comme la terreur qui régnait dans le cœur de chaque ivoirien. C’était la guerre, et bien entendu, c’était la pire attraction que l’on pouvait souhaiter, en ce début du mois d’Avril.

Chez la famille Kouakou, rien n’était différent. Le père de famille avait interdit tout mouvement dans la maison, ne serait-ce que pour boire un verre d’eau. L’endroit était plongé dans l’obscurité la plus totale, et on pouvait entendre la respiration saccadée de chaque habitant. Moya, couchée dans un coin du salon, sa petite sœur de dix ans contre elle, égrainait son chapelet, invoquant Dieu et les saints de venir en aide à son pays, plus particulièrement à sa famille, qui, ironie du sort, habitait non loin du camp militaire d’Akouédo. Les combats qui s’y déroulaient faisaient trembler les vitres et les murs de la maison, à tel point que la jeune fille pensait que leur dernière heure avait sonné. Le cœur battant à tout rompre, elle serra encore plus fort sa petite sœur qui pleurait doucement ; cela devait être vraiment difficile pour un enfant de son âge de vivre pareille situation. Cette dernière, en plus des larmes, tremblait de tous ses membres et Moya eu pitié d’elle, ce qui la fit prier de plus belle, en espérant qu’enfin Celui à qui tout était soumis jetterait un regard favorable en leur direction.

Comment son pays avait pu en arriver là ? Comment les chers fils de la mère patrie en étaient-ils arrivés à se déchirer les uns les autres, sans le moindre regret, uniquement pour faire valoir des opinions politiques mal conçues et erronées ? Comment cela était-il possible qu’en moins d’une semaine, la situation abidjanaise était devenue tellement critique que l’on enregistrait chaque jour des centaines de morts ? À cette pensée, la gorge de la jeune fille se noua, et ses yeux s’embuèrent de larmes. Elle pensa à son amie Carol qui, malheureusement, avait trouvé la mort quelques jours plus tôt, par une balle perdue qui l’avait atteinte en plein cœur, elle, une jeune femme pleine de vie, et si innocente ! Quand est-ce que le peuple ivoirien comprendra-t-il enfin qu’en temps de guerre, les balles ne tuaient pas en fonction des appartenances politiques, mais qu’elles tuaient tout simplement, et son amie avait eu le malheur d’en être victime. Une larme s’échappa de ses grands yeux d’amande et roula le long de sa joue. Si seulement tout ceci pouvait s’arrêter …

Un grand bruit la tira de ses pensées. D’un bond, elle se releva, le cœur battant. Déjà, son père était debout, lui ordonnant silencieusement de se remettre à plat ventre. Que se passait-il encore cette fois ? Elle tentait de consoler sa petite sœur qui pleurait de plus belle quand la salle de séjour s’illumina automatiquement. Moya ne put retenir un cri d’horreur quand elle vit la demi-douzaine de soldats qui se précipitaient contre son père. Le premier, une cagoule sur le visage, assena une gifle magistrale au vieil homme qui chancela, sous les cris des autres membres de la famille. Sa mère, le visage larmoyant, se jeta aux pieds des soldats les implorant de les laisser tranquilles. Rien n’y fit. Ils continuèrent encore de frapper l’homme, qui maintenant était couché dans une mare de sang. Moya comprit très vite ce qui se passait : son père était un fervent militant du parti de l’opposition et comme ses confrères, il devait payer le prix de sa divergente politique. Elle se leva prestement et vint à son tour s’interposer entre les mercenaires et son père, demandant à prendre les coups à sa place. Celui qui semblait être le chef ordonna à l’un d’entre eux de l’enlever de là, et « d’en faire ce qu’il voulait ». Le cœur de Moya se glaça d’effroi quand elle vit ce dernier défaire sa ceinture. Non, pas cela ! Pas un viol ! Au moment où celui-ci s’apprêtait à accomplir sa sale besogne, un autre, qui dès lors était resté à l’écart du groupe pour faire le guet, s’écria :

-Laisse-la tranquille ! Ce n’est pas pour elle qu’on est venu !

-Oui et alors ? Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? Tessiga, tu te ramollis ! N’oublie pas que nous sommes en guerre, rétorqua l’autre.

Puis ils continuèrent leur échange dans un dialecte qui était étranger à la jeune fille, et l’autre accepta finalement de la laisser tranquille. Instinctivement, elle lança un regard en direction de celui à qui elle devait cela, histoire de le remercier. Le regard dissimulé derrière des lunettes noires, il avait tout du parfait gangster des années quatre-vingts comme on en voyait couramment dans les films. Il avait des mâchoires carrées, un nez droit, et les muscles saillants. Dans son tee-shirt vert et son pantalon de treillis, il était l’incarnation même de la guerre, du mal, du sang. Moya tressaillit au-dedans d’elle et éclata en sanglots. Elle avait du mal à y croire. Son père était en train de se faire tabasser par une bande d’individus sans scrupules et il n’y avait aucun moyen de lui venir en aide. Comme tout ceci était injuste !

Quand ils eurent fini d’accomplir leur sale besogne, ils s’en allèrent, sans jeter le moindre regard en arrière. Pour son père aussi, c’était terminé. Il était mort, sans même avoir prononcé le moindre mot d’adieu. Les jours qui suivirent furent les plus difficiles pour eux car il fallait vivre avec le spectre de la mort sur la tête, et le corps du défunt père encore au salon, car impossible de sortir alors que les affrontements continuaient.

Jamais Moya n’avait vu sa mère aussi désemparée que lors des obsèques de son père. Elle pleurait sans arrêt, et ne cessait de parler des merveilleux souvenirs qu’elle gardait de son mariage. Il fallait se rendre à l’évidence : sa mère aimait vraiment son père, si bien que quelques mois seulement après la cérémonie, celle-ci mourut de chagrin, une nuit froide de décembre. Jamais, au grand jamais Moya aurait cru qu’un pareil sentiment d’intimité et de fusion puisse exister. C’était de l’amour, dit-on. Mais un amour semblable, pur et sincère, était désormais une denrée rare. La jeune femme refusait d’y croire, car pour elle, ce sentiment était juste un leurre pour camoufler la véritable nature de l’homme, une nature meurtrière, mauvaise et méchante, qu’elle avait bien remarqué depuis cette nuit où son père avait été battu à mort.

Un bruit de clé tournant dans la serrure la tira de sa rêverie, et elle se redressa. Lorsque Rahim aperçut qui venait d’entrer, il se leva automatiquement et poussa un joyeux « Papa » en direction de l’homme qui le prit dans ses bras et le fit tournoyer dans les airs. Moya sourit.

Aujourd’hui, cinq ans après ce drame familial, elle avait appris à aimer, mais surtout à pardonner. La rancune et la haine avaient fait place à un amour qui, à son propre étonnement, allait crescendo de jour en jour. Elle se sentait revivre, et donnerait tout pour oublier à jamais ces évènements qui avaient meurtris son être tout entier.

D’un mouvement enthousiaste, elle se leva, et vint se blottir dans les bras chauds de Tessiga qui posa un bisou tendre sur son abondante chevelure. Ce prénom qui signifiait en Sénoufo « une terre, un endroit où aller, s’installer » avait, dès la première fois où elle l’avait entendu, changer sa vie, son cœur. Cette terre, elle s’y était installée, l’avait cultivé, chéri, cajolé. Cette terre, c’était son antre, son bien, son trésor, et ce, en dépit de tout et de tous. Entre la rancœur et l’amour, son cerveau et son cœur, elle avait préféré choisir l’amour qui emplissait son cœur. La guerre était finie, et il fallait pardonner, aimer et aller de l’avant.

Pour tous les Ivoiriens